Mounir DAHMANI

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La théorie du monopole

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La théorie du monopole

Dans le cas du monopole, on abandonne l’hypothèse d’atomicité du coté de l’offre et l’hypothèse de libre-entrée.

1. Le comportement d’une entreprise en monopole

En concurrence parfaite, les entreprises étaient « price takers ».

En situation de monopole, l’entreprise devient « price maker ».

La situation de monopole dépend du marché, et de sa largeur.

La SNCF a le monopole du transport ferroviaire de passager en France mais pas le monopole de transport tout court.

Le monopole peut pratiquer des prix élevés et produire la quantité qu’il veut s’il n’y a aucune contrainte étatique.

Les seules contraintes d’un monopole privé sont :

  • Les contraintes technologiques résumées par la fonction de coût
  • La réaction des consommateurs aux prix pratiqués résumée par la fonction de demande. On peut résumer cette réaction par l’élasticité de la demande au prix.

Le monopole privé va maximiser ses profits et sa variable de décision est le niveau de production.

Programme : Max Π (Y) = p (Y) × Y – CT (Y) Y = D (p)

CPO: Π’ (Y) = RT’ (Y) – CT’ (Y) = 0

= Rm (Y) – Cm (Y) = 0

Cela signifie que le supplément de recette lié à la vente d’une unité supplémentaire est égal au coût lié à la production de cette unité.

YM est défini par l’intersection des courbes de recette marginale et de coût marginal.

CSO : Π’’ (Y) < 0

Rm’ (Y) < Cm’ (Y)

Cette condition est vérifiée la plupart du temps car Rm’ (Y) < 0 et Cm’ (Y) ≥ 0

Le prix de monopole sera supérieur au coût marginal car d’après la CPO :

p’ (Y) × Y + p (Y) = Cm (Y)

<=> p (Y) = Cm (Y) – p’ (Y) × Y avec p’ (Y) < 0

<=> p (Y) > Cm (Y)

Et Rm (Y) = Cm (Y) < p (Y) = RM (Y)

Le comportement optimal d’une entreprise en monopole est donc de produire une quantité définie par l’égalité entre la recette marginale et le coût marginal, et elle écoule cette quantité à un prix égal à la recette moyenne évaluée au niveau de production optimal, YM.

Donc on a : Y* > YM et p* < pM

Il existe une distorsion du prix, à la hausse, par rapport à la situation de concurrence pure et parfaite caractérisée par :

p = Cm (Y)

Signification de l’écart entre p* et pM:

• Plus l’écart est important, plus le monopole peut pratiquer des prix élevés.

• Cet écart est limité par la réaction des consommateurs, plus la demande est élastique au prix et moins le monopole sera en mesure de pratiquer des prix élevés.

• L’écart donne une idée du pouvoir de monopole (pouvoir de pratiquer un prix supérieur à celui de la concurrence parfaite)

L’indice de pouvoir de monopole est une meilleure mesure de ce pouvoir :

Indice de pouvoir = [pM – Cm (YM)] / pM

= -1 / ε d/p

ε d/p : Elasticité de la demande au prix

Pourcentage de variation de la demande à une augmentation de 1% du prix

Elasticité prix directe

L’indice de pouvoir de monopole provient de la CPO :

p’ (Y) × Y + p (Y) = Cm (Y)

<=> - p’ (Y) × Y = p (Y) – Cm (Y)

<=> [- p’ (Y) × Y] / p (Y) = [p (Y) – Cm (Y)] / p (Y)

<=> - 1 / ε d/p = [p (Y) – Cm (Y)] / p (Y)

On appelle coefficient de proportionnalité le ratio :

ε d/p / 1 + ε d/p = 1 / (1/ε d/p + 1)

Il permet d’exprimer le prix en fonction du coût marginal.

p (Y) = [ ε d/p / 1 + ε d/p] × Cm (Y)

Remarques :

  • ε d/p → - l'infini → ε d/p / 1 + ε d/p → 1

Le prix va tendre vers le Cm : p (Y) → Cm (Y)

Le pouvoir de monopole est nul (tend vers 0) et l’on retrouve une situation de concurrence parfaite.

  • ε d/p → - 1→ ε d/p / 1 + ε d/p → + l'infini

Le pouvoir de monopole est maximal.

  • ε d/p ≤ - 1 impossible car si ε d/p appartient à ]-1, 0], on aurait un prix négatif

2. Comparaison des situations de monopole et de concurrence parfaite

En concurrence parfaite :

Programme : Max Π (Y) = p × Y – CT (Y)

CPO : Rm (Y) = Cm (Y) <=> p = Cm (Y)

D’où p* = RM (Y*) = Rm (Y*) = Cm (Y*)

Les courbes de recette moyenne et de recette marginale sont confondues.

En monopole :

pM = RM (YM) > Rm (YM) = Cm (YM)

Le monopole va produire une quantité moins importante qu’en concurrence parfaite et vendre cette quantité à un prix plus élevé.

Représentation graphique des profits :

Π(Y) = p(Y) × Y – CT(Y)

= Y × [p(Y) – CM(Y)]

= nombre d’unités vendu × Bénéfice moyen par unité vendue

La situation de monopole entraîne une perte de bien-être collectif.

Représentation graphique des surplus :

On a : Ss = Sc + Sp (Monopole) < Ss = Sc + Sp (CPP)

Pourquoi le surplus collectif est toujours maximal en CPP :

Ss(Y) = ∫[p(Y) – Cm(Y)] . dY

Ss ‘ (Y) = p(Y) – Cm(Y) = 0

p(Y) = Cm(Y)

Cas de concurrence parfaite

Remarques :

Le surplus du producteur est égal au profit + coûts fixes :

Sp(Y*) = Π(Y*) + CF

= Π(Y*) + CT(0)

La perte de surplus collectif du au passage de la CPP à la situation de monopole est égale à :

Perte = ∫ [p(Y) – Cm(Y)] . dY

Plus le pouvoir de monopole est grand, et plus cette surface est grande car Y* - YM augmente.

La situation de monopole n’est donc pas socialement efficace, contrairement à la situation de concurrence pure et parfaite.

Pourtant les deux situations ne sont pas comparables au sens de Pareto puisque le passage du monopole à la CPP entraîne une baisse du surplus des producteurs.

3. Quelles justifications à l’existence de monopole ?

3.1 Les monopoles naturels

Un monopole naturel repose sur des coûts fixes importants, c'est-à-dire des infrastructures lourdes, que l’on rencontre dans certains secteurs.

Il existe dans ces secteurs des économies d’échelles importantes.

On dit qu’il y a économie d’échelle lorsque le coût moyen à long terme est décroissant ce qui signifie que l’accroissement de production réduit le coût unitaire.

CM ’(Y) = [CT ’(Y) × Y – CT(Y)] / Y²

= [Cm(Y) / Y] – [CT(Y)/Y] / Y

= [Cm(Y) – CM(Y)] / Y

< 0 si Cm(Y) < CM(Y)

Donc les économies d’échelles sont présentes quand le coût marginal est inférieur au coût moyen.

De plus : CM(Y) = CT(Y) / Y = [CV(Y) + CF] / Y = CVM(Y) + CF/Y

CM ‘(Y) = CVM ‘(Y) – CF/Y² CF/Y² > 0

Donc les coûts fixes élevés aident à obtenir CM ‘(Y) < 0

Ex : La SNCF est un monopole naturel, les coûts fixes supportés sont très importants alors que le coût variable moyen est très faible, et CVM ‘ proche de zéro.

On a donc : CM ‘(Y) = -CF/Y² < 0 et CT(Y) = CT(0)

Les économies d’échelles favorisent donc les monopoles naturels.

La concurrence parfaite n’est pas viable sur des marchés où il existe des économies d’échelles car on sait que :

  • En CPP, la tarification se fait au coût marginal : p = Cm
  • CM ‘(Y) < 0 <=> Cm(Y) < CM(Y)

L’entreprise concurrentielle intégrant ce marché en pratiquant p = Cm ferait forcément des pertes car :

Π(Y) = p(Y) × Y – CT(Y)

= Y [p(Y) – CM(Y)] or p = Cm

= Y [Cm(Y) – CM(Y)] et Cm(Y) < CM(Y)

Donc < 0

Quand l’activité productive nécessite des infrastructures lourdes, il est techniquement plus efficient qu’il n’y a qu’une seule entreprise productive sur ce marché.

3.2 Les monopoles temporaires

On parle de monopole temporaire quand une entreprise a l’exclusivité de la production ou de la distribution d’un bien ou service pendant un certain laps de temps.

C’est notamment le cas :

- Quand une entreprise est protégée de la concurrence par un brevet de fabrication qui empêche la copie (laboratoires pharmaceutiques)

- Quand une seule entreprise connaît les techniques de production du produit (Hautes technologies)

Ces monopoles temporaires constituent des barrières à l’entrée qui protègent de la concurrence.

3.3 Les monopoles institutionnels

On parle de monopole public, décrété par l’état, et de barrière à l’entrée institutionnelle.

En contrepartie de la protection étatique, ces monopoles sont en partie régulés afin qu’ils ne profitent pas trop de leur position dominante.

3.4 La réglementation des monopoles publics

L’objectif de la réglementation est d’augmenter le surplus collectif en faisant diminuer le prix et augmenter la production

3.4.1 La tarification au coût marginal

Cette tarification est celle permettant de maximiser le surplus.

Si l’état impose au monopole de pratiquer p = Cm :

Π(Y) = Y [Cm(Y) – CM(Y)]

L’entreprise réalisera des bénéfices négatifs ce qui suppose des subventions qui feront baisser le surplus du consommateur par l’intermédiaire des impôts.

Il n’y a donc pas beaucoup de sens à instaurer ce principe de tarification qui conduit, systématiquement, à des pertes qu’il faudra compenser.

3.4.2 La tarification au coût moyen, règle de Ramsey-Boiteux

Cette tarification n’a de pertinence qu’en cas d’économie d’échelle.

Elle consiste à appliquer un équilibre budgétaire c'est-à-dire que les profits sont nuls.

L’objectif de l’Etat est de maximise le surplus collectif grâce à :

Π(Y) = 0 <=> RT(Y) = CT(Y)

<=> RM(Y) = CM(Y) = p(Y)

L’entreprise produit YR telle que : RM(YR) = CM(YR)

Et écoule cette quantité au prix : pR = CM(YR)

C’est un cas intermédiaire entre la situation de monopole et la tarification au coût marginal.

L’intérêt de cette réglementation est que l’entreprise n’oblige pas l’état à recourir à un financement des pertes.

On parle de tarification de « moindre mal ».

Remarque :

On peut avoir une intervention alternative en taxant les profits ou les quantités produites.

3.5 La situation de monopole est-elle optimale au sens de Pareto ?

3.5.1 Rappel : Le concept d’optimalité

Le critère parétien est un critère normatif d’efficacité qui permet de déterminer un ensemble d’allocations meilleures que les autres.

Il ne permet pas d’ordonner toutes les situations économiques, l’allocation du monopole non régulé (pM, YM) n’est pas comparable au sens de Pareto.

Remarque :

Le critère d’efficacité social, ou bien-être collectif, permet d’adopter un jugement permettant de choisir une allocation parmi l’ensemble des optimums de Pareto.

La situation de concurrence parfaite maximise cette efficacité sociale.

Partant de la situation de monopole, il est impossible d’accroître le bien-être du producteur et des consommateurs simultanément, et donc la situation de monopole n’est pas un optimum de Pareto.

Pour cela il faut que le monopole pratique une discrimination par les prix.

3.5.2 La discrimination par les prix

La discrimination par les prix permet d’améliorer la situation de tous.

Elle consiste à pratiquer des tarifs différents selon les différents groupes de clients auquel s’adresse l’entreprise.

On a vu que l’accroissement de la production faisait baisser les prix, mais cela n’est plus vrai si l’on différencie les prix d’au moins deux manières.

Le monopole vend sa quantité de monopole (YM) au prix pM habituel et réalise ainsi ΠM.

Puis il écoule la quantité (YM’ – YM) au prix pM’ qui est inférieur à pM mais supérieur à pCpp. Le monopole réalise un supplément de profit ΠM’.

Les deux agents sont gagnants.

Cette situation, où le monopole discrimine avec 2 prix, Pareto-domine la situation de monopole sans discrimination.

Le gain de bien-être social (SsM’) peut ainsi augmenter jusqu’à ce que pM’ = pCpp et on obtient :

SsM’ = ScsCpp

Plus le nombre de prix est important, plus la discrimination par les prix est importante, et plus la segmentation de la clientèle est grande ; et ainsi le gain de surplus collectif ira dans la poche du monopole.

Dans le cas de la discrimination parfaite (chaque consommateur achète à un prix différent), le surplus total va entièrement dans la poche du monopole.

En pratique, ce type de discrimination peut prendre différentes formes :

• Pratique de réduction des prix à partir d’une certaine quantité vendue.

• Discrimination inter-temporelle : le même produit est vendu à un certain prix à t et à un autre prix plus faible à t+1, c’est le système des soldes.

• Discrimination du 3ème degré : suppose que 2 prix ou plus soient proposés à au moins 2 clientèles distinctes, comme les tarifs jeunes, mais cela suppose que l’entreprise puisse identifier chaque client par groupe.

• Discrimination par les coûts : une entreprise peut pratiquer des tarifs différents car elle peut faire varier les coûts notamment au travers de différents systèmes de distribution, c’est le cas des achats sur internet.

Le monopole non discriminant n’est pas optimal au sens de Pareto alors que la situation de concurrence parfaite l’est car il est impossible par la discrimination d’augmenter simultanément le surplus des consommateurs et du producteur.

La discrimination en concurrence parfaite aura pour impact de répartir différemment le surplus collectif.

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